Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski proclame l’état de siège en Pologne. Des milliers d’activistes de Solidarnosc sont arrêtés. Le ministre français des Affaires Étrangères, Claude Cheysson, déclare qu’il s’agit là d’une « affaire polonaise ».
Foucault et Bourdieu initient une protestation des intellectuels avec le syndicat CFDT, créant au passage une brouille durable avec le gouvernement socialiste.
En février 1982, la CFDT met en place un comité de contrôle de la récolte des fonds de soutien à Solidarnosc, dont Foucault devient le président. Entre les 22 et 30 septembre 1982, il participe au convoi de matériel en Pologne pour Solidarnosc avec Simone Signoret et Bernard Kouchner sous l’égide de Médecins du Monde. Il ne peut rencontrer Walesa. Il visite Auschwitz (Raymond Depardon photographie ce moment). A leur retour, Simone Signoret et Foucault sont invités par Christine Ockrent, qui présente alors le journal de 20h de la deuxième chaîne publique Antenne 2. Foucault évoque la notion de normalisation en Pologne, parle du régime totalitaire dans les pays socialistes. Il engage les français à se rendre dans ce pays.
Le 13 décembre 1982, juste un an après le coup d’État en Pologne, Foucault est revenu sur les raisons de ce combat à l’occasion d’un discours lors de l’inauguration des fresques murales réalisées par un peintre polonais dans les locaux du siège national de la CFDT, à l’époque au square Montholon.
Voici ce qu’il disait : « Ce n’est pas que la Pologne ait été érigée en exemple. Le temps est fini, heureusement, d’aller chercher ici ou là des modèles. Mais elle fait partie à sa manière d’une expérience commune : celle d’un effort historique par lequel les sociétés contemporaines essaient de définir d’autres formes d’existence aussi bien très individuelles que collectives, au lieu et place des schémas dont les réalités et les rêves du XIXème siècle nous ont fait les héritiers involontaires. Il ne faut pas écouter ceux qui se plaignent du vide ou de l’immobilité d’aujourd’hui : ceux-là n’ont que leur amertume pour former leur avenir. Il faut être attentif au contraire à tout ce mouvement, à tous ces mouvements pour lesquels se dessinent les figures de ce que nous pourrons être. »
(voir « la Pologne en partage. Entretien avec Alexandre Bilous », propos recueillis par Olivier Doubre, Vacarme, n° 29 /automne 2004.
Document (archive Centre Michel Foucault / IMEC) : Intervention radiophonique, à l’émission « Expliquez-vous sur Europe1 » le 16 décembre 1981, de Michel Foucault et d’Yves Montand suite aux événements polonais.
